Les arbres pleurent aussi
Irène Cohen Janca, [Le Rouergue - 2009]

Dans la cour de la maison 263 Canal de l’Empereur, à Amsterdam, un marronnier est témoin de la vie clandestine d’une

jeune fille de treize ans. Nous sommes en 1942, et Anne vient d’arriver dans la maison après une longue marche sous une

pluie battante. Dans son cartable, avant de partir, elle a glissé un petit cahier cartonné qui va devenir son journal intime…

Pendant deux ans, Anne va vivre cachée dans cette maison avec des amis de sa famille, juifs eux aussi. Depuis sa lucarne,

elle voit le marronnier fleurir, arborer son feuillage d’été dense et musical, revêtir sa parure orangée et brune d’automne

puis se dévêtir pour laisser place au silence avant-coureur du retour du printemps. Petit à petit, le monde autour d’elle se

transforme ; le grondement du tonnerre se fait de plus en plus fort… Et un jour, des policiers armés débarquent dans la

cachette. Ils emmènent tout le monde ; seul le cahier reste. La dernière page écrite date du 1er août 1944. C’est la dernière

fois que le marronnier a vu la jeune fille… Aujourd’hui, centenaire et menacé par les parasites, il raconte.

En donnant la parole à un arbre, Irène Cohen-Janca nous offre avec cet album un regard nouveau et distancié sur l’histoire

d’Anne Frank et de la Shoah. Ce marronnier vieux de 150 ans, témoin privilégié des deux dernières années de la vie

d’Anne, nous dévoile le contraste frappant entre ces années suspendues à la folie des hommes et le passage inexorable du

temps qui fait fleurir les arbres. Le récit tout en retenue, sans didactisme ni pathétisme, traite le sujet de l’Holocauste

de la façon la plus sensible possible , nous enjoignant à garder la mémoire de ces événements et de leurs acteurs. Jeux de

reflets, appels réguliers au hors champ, omniprésence du sépia, intervention symbolique de quelques touches de couleurs,

les illustrations de Maurizio Quarello évoquent subtilement l’existence trop courte d’Anne Frank mais aussi la force de

vie qui l’animait. Parce que cet arbre, parce que cette jeune fille ont réellement existés, et parce que leurs destins appellent

à réfléchir à la vie et à la mort, ce livre se teinte d’une émotion vibrante qui dépasse le seul sort de ces deux êtres. Le Journal

d’Anne Frank, cité dans l’album, est lu dans le monde entier et l’histoire de ce marronnier, malade et menacé d’être

abattu, est elle aussi un sujet qui intéresse bien au-delà des Pays-Bas, comme en témoigne le titre « Les Arbres pleurent aussi » ,

emprunté à l’article de Laurent Greilsamer paru dans le Monde du 9 octobre 2007.

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