3 septembre - Emmanuel Laugier

Rencontre avec Emmanuel Laugier autour de son livre For chez [Argol]

For (foris, dehors) aura cherché à suivre, au travers d'événements ordinaires (s'endormir, se réveiller, se lever), selon des circonstances (passer son temps de jour à nuit par exemple), parfois simples, mais donnés hors de toute simplification, comment, au jour le jour, se construit quelque chose comme une psyché, et de quoi. La complication à dire ce qui vient à elle n'aura pourtant pas empêché l'aller et le retour inexorable entre une extériorité et une intériorité (et inversement), jusqu'à, comme le dit Robert Walser, presque faire éclater leur trajet. Là même, peut-être, de l'époque s'immisce et vient frotter, voire quasi écraser, son chiffon sur le poème. Il en ressort trempé ou rincé, voire les deux à la fois ; cette pression ne se clarifiant peut-être en lui qu'à s'y importer. Le poème, petite embarcation, ou vélo à faible phare, deviendra ainsi, dans son endurance, une forme finale de respiration (d'habitation) et d'issue, que le sourire de bonze de Michel Foucault accompagne à la presque fin du livre : poème étant serré, tourné, en un chignon de langue où se contre-effectue l'éclatement et la confusion de tout for-intérieur se repliant sur lui-même pour, à la fin, dessiner une sorte de battement.Aucune histoire, ni de soi ni d'aucune, n'est racontée, car seul est suivi ce que " narre " le serpent de route, son ravin pierreux et le hors-champ où le poème risque sa roue lente. De l'île où il re-forme son placenta au jardin du ryôan-ji où il disparaît entre des pierres lourdes et douces, poème amasse les couches du mille feuilles de tête et ses mémoires spéciales ; parle de l'échelle des choses où il s'inverse et se rapetisse et de ce qu'elles ne disent pas, du trouble de la vue, d'un bruit lointain ricoché ; du coffre d'une voiture dans l'enfance ; et s'accompagne ainsi, jusqu'au sommeil où il puise, de la poétique de son propre véhicule, se sachant à l'avance " poésie/de bras cassés ". Toute son expérience (d'écriture), en sa conséquence, cherche à devenir la poche perméable d'un dehors, écrire y étant aussi la faculté imageante de son espace, la chambre d'écho balbutiante d'une rumeur, époque restée sans langue ou fumée du rêve lent où du monde se donne, s'éprouve, ne cessant de venir, durement.e. l.

Emmanuel Laugier est né en 1969 à Meknès (Maroc). Il vit, travaille, depuis quelques années, à Nîmes. Poète, essayiste et critique littéraire au journal Le Matricule des anges depuis plus de quinze ans, il a publié une dizaine de livres, de L'Œil bande [Deyrolle, 1997] à, récemment, Suivantes [Didier Devillez, 2004] et Mémoire du mat [Virgile, 2006]. Il a dirigé par ailleurs, avec Lionel Destremeau, pour les éditions Prétexte des collectifs d'anthologie critique sur la poésie contemporaine, conçu le Cahier Jacques Dupin Strates [Farrago, 2000] ainsi que l'édition de ses écrits sur l'art, Par quelque biais vers quelque bord [P.O.L., 2009].

vendredi 3 septembre à 19h - [entrée libre]

vendredi 3 septembre à 19h - [entrée libre]
21, rue des 3 mages
13001 Marseille