Le label LIR - "Livre 2010"

Présentation et entretien avec B. Yvert

Un label pour reconnaître, valoriser et soutenir les choix et le travail qualitatifs des libraires indépendants.

L’étude réalisée de manière conjointe par le ministère de la Culture et de la Communication, le SLF et le SNE, le rapport de la mission « Livre 2010 » et celui d’Antoine Gallimard, remis au cours de l’année 2007, ont souligné la fragilité de la situation économique des librairies indépendantes et préconisé de faire du maintien et du développement de ces entreprises une des priorités de la politique du livre.

Le plan “Livre” présenté par Mme Christine Albanel et adopté en conseil des ministres en novembre 2007, a intégré, parmi d’autres mesures, la proposition soumise par Antoine Gallimard de création d’un label pour les librairies indépendantes.

La loi de finances rectificative du 25 décembre 2007 a posé le principe d’un label de librairie indépendante de référence (LIR), ouvrant la possibilité aux collectivités locales d’exonérer de taxe professionnelle ces librairies labellisées (article 1464 I du code général des impôts).

La publication au journal officiel du décret d’application qui fixe les conditions d’obtention et d’instruction du label permet aujourd’hui d’instruire les premières demandes et ouvre la possibilité à une exonération de taxe professionnelle à compter de 2010.

Afin de faciliter au maximum l’instruction des demandes, le CNL fournit dans les différentes rubriques de ce site un descriptif détaillé du dispositif de labellisation, étant précisé que seule l’administration fiscale validera en dernier ressort l’interprétation pertinente du II de l’article 1464 I du code général des impôts.

Un label qui offre la possibilité :

  • de bénéficier à compter de 2010 d’une exonération de taxe professionnelle pour l’établissement labellisé, sous réserve d’une délibération en ce sens des collectivités territoriales (1) ;
  • de solliciter pour cet établissement (2), une subvention dans le cadre du dispositif d’aide du CNL pour la mise en valeur des fonds en librairie (aide VAL) mis en place à l’automne 2008.
  • de valoriser auprès de la clientèle et des partenaires de la librairie, la qualité du service et la richesse de l’assortiment.

(1) Chaque collectivité prend sa décision indépendamment de celle des autres. L’exonération ne peut être que totale (aucune modulation n’est possible).
(2) Les librairies qui n’auraient pas sollicité le label, mais rempliraient les critères d’éligibilité de l’aide VAL peuvent naturellement solliciter cette aide.

 

Un label pour les librairies indépendantes ?

 

« Reconnaitre la librairie de qualité » : entretien avec Benoît Yvert, Directeur du livre et de la lecture

Pour défendre la librairie indépendante, confrontée, depuis plusieurs décennies, à des difficultés croissantes, la création d’un label est actuellement à l’étude au sein de la Direction du livre et de la lecture. Au moment où est rendue publique une étude riche d’enseignements sur la librairie indépendante, nous avons interrogé les représentants des libraires qui expliquent pourquoi ce label est bienvenu.

Un récent colloque sur « L’avenir du livre », qui s’est tenu le 22 février, est venu clôturer l’opération « Livre 2010 », constituant de véritables états généraux du livre. Cette manifestation était organisée, à la demande de Renaud Donnedieu de Vabres, par la Direction du livre et de la lecture. Les onze tables-rondes qui se sont déroulées à Paris, Toulouse, Bordeaux et Marseille ont rassemblé plus de deux cents professionnels - représentant tous les maillons de la chaîne du livre. A l’occasion de cette large concertation, s’est exprimé un sentiment général d’inquiétude pour aujourd’hui et d’incertitude pour demain, dû aux bouleversements technologiques et économiques que connaît le secteur du livre, au premier rang desquels l’entrée dans l’ère numérique.

Concernant plus particulièrement la librairie, le ministre, dans son discours d’ouverture au colloque, a déclaré qu’elle se trouvait con-frontée à un défi à la mesure de celui relevé en 1981, grâce à la loi sur le prix du livre, et qu’elle était sa priorité. « L’Etat a vocation à vous accompagner pour surmonter ces difficultés », a-t-il souligné, en s’adressant aux libraires. Avant de proposer un pacte à deux niveaux comprenant la création d’un label « librairie indépendante » - « visible et compréhensible par l’ensemble de nos compatriotes et de nature à inscrire ces librairies dans le paysage comme commerce culturel de proximité et de qualité » - et la mise en oeuvre d’une politique d’aménagement culturel du territoire par une réforme des aides et par une fiscalité incitative.

La situation de la librairie semble être une des préoccupations premières du ministre ...

La première chose dont le ministre m’a parlé, lorsque je l’ai rencontré, est en effet la librairie… et il ne fait aucun doute qu’il lui tient particulièrement à coeur de défendre ce métier fondamental pour l’avenir du livre. La librairie constitue, au sein de la chaîne du livre, l’un des éléments les plus fragiles : une enquête sur la librairie indépendante tout récemment rendue publique le confirme. Aider cette profession - qui joue un rôle fondamental de « passeur » - à s’adapter et à se moderniser est un impératif absolu.

En quoi le label que vous projetez de créer consisterait-il ?

Le mot de librairie est aujourd’hui un mot gigogne qui recouvre des réalités très larges. L’idée du ministre est donc d’arrêter de parler de librairie en général et de vraiment définir ce que l’on appelle une librairie avec un grand « L ». C’est à ces librairies - qui jouent un rôle fondamental de médiation culturelle et dont il existe environ un millier en France - que pourrait être attribué un label. Comment s’appellerait- il ? « Librairie indépendante de référence », peut-être…

Quels seraient ses critères d’attribution ?

Nous en avons retenu trois : la part dans le chiffre d’affaires des salaires versés aux libraires salariés (ils jouent un rôle fondamental de médiateurs : sans leurs conseils, une librairie n’est pas une vraie librairie) ; le nombre total de titres proposés, toutes catégories d’ouvrages confondues, en relation avec la superficie du magasin et l’importance de sa zone de chalandise ; le pourcentage, dans cet ensemble, des livres dits de rotation lente, c’est-à-dire des livres qui échappent aux fluctuations de la nouveauté et sont soutenus par les libraires sur le long terme. Ces critères semblent être de nature à permettre de définir ce qu’est une librairie de référence, apportant à la société une vraie plus-value culturelle.

De quels avantages ce label sera-t-il accompagné ?

Il s’agira pour l’essentiel de conditions fiscales incitatives. Ainsi un geste fort concernant la taxe professionnelle peut-il être envisagé… Les librairies labellisées pourraient également bénéficier d’un élargissement des dispositions « Art et Essai », leur permettant d’être aidées par les municipalités. Et puis sans doute est-il également souhaitable et envisageable d’aider, sur la base de ce label, la transmission des librairies… Nombre des grands libraires appartenant à la génération dorée des années 70 et dont le travail a permis le développement de la lecture se rapprochent aujourd’hui de la retraite. Il faut les aider, par des exonérations et des aides, à transmettre leurs commerces et leurs savoir-faire.

Comment la mise en Œuvre de ce label va-t-elle s’effectuer ?

L’idée est lancée… Il s’agit de voir maintenant comment elle est reçue et, si elle est bien accueillie, de commencer des discussions avec l’ensemble de la profession. Ces discussions pourront avoir lieu notamment dans le cadre du Conseil du Livre, qui va être prochainement créé et réunira, aux côtés de différents ministères (la culture, l’éducation nationale, les affaires étrangères…) des représentants des libraires, des éditeurs et des bibliothécaires. Une des premières missions de ce Conseil sera d’engager une vaste discussion sur la labellisation avec tous les partenaires concernés. Après quoi, il ne restera plus qu’à entamer d’autres discussions… avec le ministère des Finances.