Un piano en hiver
Ayelet Shamir, [Bourgois - 2010]

Un soir de décembre, alors qu’un orage se déchaîne sur la campagne israëlienne, Jo Ohanah s’apprête à fermer le bar qu’il tient dans un village isolé. La soirée l’a mis de mauvaise humeur : Gadi son pianiste taciturne a noyé son abattement dans l’alcool tandis que Fadil, son jeune cuisinier d’origine arabe, s’est présenté roué de coups sous prétexte qu’il travaille pour un juif. Débarquent alors six personnages qui rentrent d’une soirée bien arrosée et se sont égarés sur les petites routes. Belle bagnole, habits de soirée, signes extérieurs de richesse ostentatoires, leur suffisance – cette arrogance des riches pour tout ce qui n’appartient pas à leur monde - associée à leur vulgarité va tout de suite heurter l’intimité des trois solitaires. La soirée va s’avérer interminablement longue, noire, tendue crescendo jusqu’au terrible final.« Aucun d’eux ne pouvait imaginer comment s’achèverait cette nuit dont la dernière vision, vingt-quatre heures plus tard – une semaine, un mois, une année, voire dix ans après – leur apparaîtrait rétrospectivement avec la même acuité. Tel un rêve obsédant, elle reviendrait les hanter comme le voyageur qui, croyant monter dans un train de banlieue, se serait par erreur retrouvé dans un train fantôme sans pouvoir en descendre. »Servi par la précision de l’écriture, ce huis clos très noir s’attache à montrer sans complaisance la brutalité des relations au sein de la société israélienne, dans un monde où toute idée de rédemption serait un leurre. Enchaînant grands angles et plans rapprochés à la façon d’une caméra, l’auteur s’attache à dévoiler les différentes facettes de ses personnages, habités de regrets et de nostalgie, au fur et à mesure que progresse de façon extrêmement efficace l’intrigue.