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Ouverte il y a 6 ans, la librairie de 90 m2 se situe dans une ancienne boulangerie, tout en longueur avec au fond du magasin une alcôve réservée au coin jeunesse/BD. Un salon a récemment été amé...
Par « un grand jour flasque », l’inspecteur Ritter voit débouler son ancien coéquipier dans son bureau qui, sans un mot, lui dépose une carte de visite sur laquelle ne figure qu’une adresse : le 4 Eyrie street. Quand il se décide à y aller voir, Ritter tombe sur une baraque - mi train fantôme mi lupanar - que ne renierait probablement pas David Lynch. Avançant dans le noir, c’est là que Ritter, aimanté mais à demi mort de peur, va suivre le rite initiatique qu’à prévu pour lui la maîtresse des lieux, l’énigmatique et protéiforme Geneviève, être au-delà du clivage masculin/féminin, incarnation du « pur désir ».
Dès la première page vous êtes séduit - parfois jusqu’à l’hilarité - par la gouaille cynique de l’inspecteur Ritter – gigantesque flic latino-américain régulièrement terrassé par de violentes crises d’angoisse. Dès la première page vous êtes bluffé par la prose ultraviolette de Saknussemm que traduit avec verve & gourmandise - ça se sent - Anne-Sylvie Homassel, grande metteuse en français de littérature dite « de genre ».
Protéiforme comme sa diabolique héroïne, Minuit privé emprunte aux codes du roman noir, du polar, de la SF pour les hisser haut et vous laisser haletants, époustouflés, au moment où les fils de l’intrigue – une intrigue « toute en épine dorsale et nerfs – un verbe plutôt qu’un nom » - se dénouent. Car Minuit privé est un grand livre sur la peur et sur « l’autre ». Minuit privé est l’histoire d’un apprentissage de la peur à travers la déconstruction d’une identité. Et si le « je » monolithique n’était qu’une fiction ? Et si le « je » était multiple, abritant « l’autre », étranger et inquiétant, en son sein. « Approcher l’étranger, c’est inviter l’inattendu, et libérer une force nouvelle» dit T.S. Eliot en exergue de cet excellentissime roman à suspense ; à moins que ce ne soit l’inspecteur Ritter qui se le dise en se regardant dans son miroir…